Les lois de l’assurance emprunteur : Lagarde, Hamon, Bourquin, Lemoine

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Quatre lois ont transformé l’assurance emprunteur en quinze ans, en donnant à chaque fois plus de liberté et de pouvoir d’achat à l’emprunteur. De la loi Lagarde à la loi Lemoine, chacune a fait tomber une barrière que les banques avaient érigée pour conserver un marché très rentable.

Mais entre les dispositifs encore utiles et ceux devenus caducs, il est facile de s’y perdre. Beaucoup d’emprunteurs croient encore devoir attendre une date anniversaire ou la première année, alors que ces contraintes ont disparu.

Ce guide retrace, dans l’ordre, ce que chaque loi a apporté, ce qui s’applique réellement aujourd’hui, et comment vous en servir concrètement pour payer votre assurance moins cher.

En bref

  • Loi Lagarde (2010) : liberté de choisir une autre assurance que celle de la banque dès la souscription (délégation).
  • Loi Hamon (2014) : changement possible pendant les 12 premiers mois du prêt.
  • Amendement Bourquin (2018) : résiliation chaque année à la date anniversaire.
  • Loi Lemoine (2022) : résiliation et changement à tout moment, suppression du questionnaire de santé sous conditions et droit à l’oubli renforcé.
  • À retenir : la loi Lemoine a rendu Hamon et Bourquin caduques. Aujourd’hui, deux lois comptent : Lagarde et Lemoine.

Ce guide fait partie de notre dossier complet : l’assurance emprunteur.

Pourquoi ces lois existent

Jusqu’en 2010, la banque qui accordait un prêt imposait de fait sa propre assurance « groupe », mutualisée et lucrative. L’emprunteur, focalisé sur le taux du crédit, n’avait ni le réflexe ni le droit clair de comparer. Le législateur est intervenu à plusieurs reprises pour ouvrir ce marché à la concurrence, sécuriser le consommateur et faire baisser les prix.

Chaque loi a visé un verrou : le libre choix à la souscription, puis la possibilité de changer pendant un an, puis chaque année, et enfin à tout moment. Comprendre cette progression aide à savoir exactement ce que vous pouvez exiger aujourd’hui de votre banque.

Loi Lagarde (2010) : le droit à la délégation

La loi Lagarde a posé le principe fondateur : l’emprunteur peut choisir librement son assurance, y compris auprès d’un autre organisme que sa banque, à condition que les garanties soient équivalentes. C’est l’acte de naissance de la délégation d’assurance.

Elle a aussi interdit à la banque de modifier le taux du crédit ou les conditions du prêt au motif que l’emprunteur choisit une autre assurance, et imposé la remise d’une fiche d’information standardisée. Cette loi reste pleinement valable : c’est sur elle que l’on s’appuie pour déléguer dès la signature du prêt.

Loi Hamon (2014) : changer la première année

La loi Hamon a ouvert une première fenêtre de résiliation après la signature : l’emprunteur pouvait changer d’assurance pendant les 12 premiers mois du prêt, à garanties équivalentes, moyennant un préavis de 15 jours avant la fin de cette première année.

C’était une avancée réelle, mais limitée dans le temps : passé un an, l’emprunteur redevenait captif jusqu’à la loi suivante. Depuis la loi Lemoine, ce dispositif n’a plus d’utilité pratique, puisque le changement est désormais possible à tout moment.

Amendement Bourquin (2018) : la résiliation annuelle

L’amendement Bourquin (intégré à la loi Sapin 2) a étendu le droit de résiliation au-delà de la première année : on pouvait changer chaque année, à la date anniversaire du contrat, avec un préavis de deux mois.

Plus souple que la loi Hamon, il restait néanmoins contraint par un calendrier strict, source d’innombrables litiges sur la date exacte à retenir. Là encore, la loi Lemoine l’a rendu obsolète en supprimant toute notion de date anniversaire.

Loi Lemoine (2022) : à tout moment

Femme signant tranquillement sa lettre de résiliation d'assurance grâce à la loi Lemoine

La loi Lemoine a fait sauter la dernière barrière : on peut désormais résilier et substituer son assurance à n’importe quel moment, sans frais ni date à respecter. C’est le changement le plus important pour le pouvoir d’achat des emprunteurs depuis la loi Lagarde.

Elle va plus loin que la simple résiliation. Elle supprime le questionnaire de santé lorsque l’encours assuré est inférieur ou égal à 200 000 € par assuré et que le prêt est soldé avant les 60 ans de l’emprunteur, et elle renforce le droit à l’oubli (ramené à 5 ans pour le cancer et l’hépatite C). Ces avancées sont détaillées dans notre guide questionnaire de santé et droit à l’oubli, et la procédure dans changer d’assurance emprunteur.

Ce qui s’applique vraiment aujourd’hui

Homme soulagé devant un calendrier, sans date limite pour changer d'assurance emprunteur

En pratique, la loi Lemoine a rendu caducs les dispositifs Hamon et Bourquin : inutile d’attendre la première année ou une date anniversaire. Retenez deux lois utiles aujourd’hui : Lagarde pour déléguer dès la souscription, et Lemoine pour changer ensuite quand vous voulez. Dans les deux cas, la seule exigence reste l’équivalence des garanties, et la banque dispose de 10 jours ouvrés pour répondre.

LoiAnnéeCe qu’elle permet aujourd’hui
Lagarde2010Déléguer dès la souscription du prêt
Hamon2014Caduque (remplacée par Lemoine)
Bourquin2018Caduque (remplacée par Lemoine)
Lemoine2022Changer à tout moment + questionnaire de santé supprimé sous conditions

Vos droits face à la banque

Ces lois ne valent que si vous savez les faire appliquer. Concrètement, la banque ne peut refuser un changement que pour non-équivalence des garanties, par un refus écrit et motivé. Elle ne peut facturer aucun frais de dossier ou d’avenant, ni modifier le taux de votre crédit, ni invoquer un délai dépassé.

Si elle bloque, la marche à suivre est graduée : relance et mise en demeure par recommandé, saisine du médiateur bancaire (gratuit, environ 3 mois), puis signalement à l’ACPR, qui peut sanctionner le non-respect de la procédure. Conserver chaque preuve écrite est déterminant en cas de litige.

Comment profiter de ces lois concrètement

  • À la souscription : faites jouer la loi Lagarde en présentant une délégation équivalente avant l’édition de l’offre de prêt.
  • En cours de prêt : utilisez la loi Lemoine pour changer à tout moment, sans attendre.
  • Profil avec antécédents : vérifiez si vous entrez dans les seuils de suppression du questionnaire de santé, ou activez le droit à l’oubli et la convention AERAS.
  • Investisseur : renégociez chaque prêt indépendamment, la prime étant en plus déductible au réel (voir assurance emprunteur et investissement locatif).
  • Dans tous les cas : mesurez le gain avec le guide du coût et du TAEA avant de lancer la démarche.

Quinze ans de bras de fer avec les banques

L’histoire de ces lois est celle d’un marché que les banques ont longtemps verrouillé. L’assurance emprunteur est très rentable pour elles : marges élevées, clientèle captive, et un emprunteur concentré sur le taux de son crédit plutôt que sur le coût de sa couverture. Chaque loi a été votée contre cette inertie, et chaque fois, les établissements ont trouvé des parades, multipliant les demandes de pièces, les délais et les refus mal fondés.

La loi Lagarde a ouvert la porte, mais beaucoup d’emprunteurs ignoraient leur droit ou se laissaient décourager au guichet. La loi Hamon puis l’amendement Bourquin ont élargi la fenêtre, sans supprimer la friction d’un calendrier à respecter. La loi Lemoine a tranché dans le vif en autorisant le changement à tout moment, précisément pour mettre fin à ces manœuvres dilatoires. Connaître cette histoire, c’est comprendre pourquoi il faut aujourd’hui exiger ses droits par écrit et ne pas se contenter d’un refus oral.

Concrètement, ce que ça change pour votre budget

Derrière le jargon juridique, l’enjeu est très concret. Avant ces lois, un emprunteur restait quasi systématiquement sur le contrat groupe de sa banque, souvent 30 à 50 % plus cher qu’une délégation équivalente. Aujourd’hui, la combinaison Lagarde + Lemoine vous permet de capter cet écart, à la signature comme en cours de prêt.

Sur un prêt de 250 000 € sur 25 ans, passer d’un contrat groupe à une délégation équivalente représente couramment plusieurs milliers, voire plus de 10 000 € d’économies, sans toucher au taux du crédit. Pour un investisseur, l’effet se cumule avec la déductibilité de la prime au régime réel. Le cadre légal n’est donc pas une abstraction : c’est un levier de pouvoir d’achat immédiat, à condition de l’activer. Mesurez votre gain potentiel avec le guide du coût et du TAEA, puis lancez la démarche via changer d’assurance emprunteur.

Les idées reçues qui coûtent cher

Première idée fausse encore très répandue : « il faut attendre la date anniversaire de mon contrat ». C’était vrai sous l’amendement Bourquin, ce ne l’est plus depuis la loi Lemoine. Vous pouvez agir aujourd’hui, peu importe la date de signature. Cette confusion fait perdre chaque année des centaines d’euros à des emprunteurs qui repoussent inutilement leur démarche.

Deuxième idée reçue : « changer d’assurance va dégrader mon taux de crédit ou fâcher ma banque ». La loi l’interdit expressément : le taux du prêt ne peut pas être modifié au motif d’un changement d’assurance, et aucune représaille n’est permise. Troisième : « c’est réservé aux nouveaux prêts ». Faux également, la loi Lemoine vise aussi les crédits en cours, y compris souscrits il y a longtemps.

Dernière confusion fréquente : croire que la délégation offre une protection moindre. À garanties équivalentes, contrôlées par la grille du CCSF, le niveau de couverture est au moins identique à celui du contrat bancaire. Le seul vrai sujet est donc de bien vérifier cette équivalence, pas de renoncer à ses droits.

Questions fréquentes

Quelle loi permet de changer d’assurance emprunteur aujourd’hui ?

La loi Lemoine (2022), qui autorise la résiliation et la substitution à tout moment, sans frais ni date imposée, à garanties équivalentes.

Les lois Hamon et Bourquin existent-elles encore ?

Elles sont devenues caduques en pratique : la loi Lemoine, plus favorable, permet de changer à tout moment, ce qui rend leurs fenêtres de résiliation inutiles.

Que change la loi Lagarde ?

Elle permet, dès la souscription du prêt, de choisir une assurance autre que celle de la banque (délégation), à garanties équivalentes, sans que la banque puisse modifier le taux du crédit.

La loi Lemoine supprime-t-elle le questionnaire de santé ?

Oui, sous conditions : encours assuré inférieur ou égal à 200 000 € par personne et prêt remboursé avant 60 ans.

Quel délai la banque a-t-elle pour répondre ?

Dix jours ouvrés à compter de la réception d’un dossier complet. Au-delà, ou en cas de refus non motivé, vous pouvez saisir le médiateur bancaire.

La banque peut-elle facturer le changement d’assurance ?

Non. Aucun frais de dossier ni d’avenant ne peut être facturé, et le taux du crédit ne peut pas être modifié à cette occasion.

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