Votre locataire occupe une passoire thermique et le calendrier légal vous impose des travaux ? S’il refuse de quitter les lieux, vous n’êtes pas dans une impasse. Entre impératifs de rénovation énergétique, respect du droit au logement et préservation de votre rentabilité, plusieurs leviers juridiques existent. Voici comment reprendre le contrôle, sans vous brûler les ailes.
Le compte à rebours est lancé : pourquoi ces travaux sont-ils vraiment obligatoires ?
Le couperet approche. À compter du 1er janvier 2025, tout logement classé G au DPE sera interdit à la location. Puis viendra le tour des logements F en 2028. Derrière ces échéances fixées par la loi Climat et Résilience, l’objectif est clair : sortir du parc locatif les logements énergivores.
Un bien classé G ne pourra plus être mis en location, ni même voir son loyer révisé. Pire : il pourra être requalifié en logement indécent, exposant le propriétaire à une interdiction d’encaisser les loyers.
Ces interdictions ne sont pas théoriques. Elles s’appliqueront même si votre bien est loué depuis des années. Sans travaux, vous devenez hors-la-loi, locataire ou pas.
Travaux en cours de bail : ce que vous pouvez imposer (et ce que vous ne pouvez pas)
Le droit vous autorise à effectuer certains travaux sans résilier le bail. C’est le cas des travaux d’amélioration de la performance énergétique. Le locataire ne peut pas s’y opposer, à condition de respecter un cadre strict.
La procédure commence par une notification officielle par lettre recommandée avec AR. Vous devez y détailler la nature des travaux, leur durée, leur date de début et les modalités d’accès au logement.
Mais attention : si les travaux dépassent 21 jours, une réduction de loyer proportionnelle à la gêne est obligatoire. Et si le logement devient temporairement inhabitable, c’est à vous de proposer une solution de relogement, à vos frais.
Ces obligations peuvent rapidement faire exploser le budget. Dans les faits, réaliser une rénovation énergétique en site occupé est souvent irréaliste.
La solution ultime : le congé pour motif légitime et sérieux
Quand les travaux sont si lourds qu’ils ne peuvent être réalisés avec un occupant, il existe une voie : donner congé pour motif légitime et sérieux. Ce n’est pas un « congé pour travaux », mais bien un congé encadré par la loi, justifié par l’impossibilité de maintenir la location dans l’état actuel.
Vous devez respecter un formalisme strict : envoyer le congé par lettre recommandée avec accusé de réception, au moins six mois avant la fin du bail (pour un logement vide). Joignez obligatoirement la notice d’information légale fournie par l’ANIL.
Le motif doit être béton : travaux rendant le maintien dans les lieux impossible, devis détaillés à l’appui, et descriptif technique montrant qu’il ne s’agit pas de simples rafraîchissements.
Un congé mal motivé peut être rejeté en justice, avec des conséquences lourdes pour vous. Il faut donc documenter chaque étape, comme un dossier de crédit.
Le conseil de l’expert : la parole à un avocat en droit immobilier
« Il est impératif de comprendre que le ‘congé pour travaux’ n’existe pas en tant que tel. Il s’agit d’un ‘congé pour motif légitime et sérieux’, et c’est la solidité de cette légitimité qui fait toute la différence devant un juge », explique Maître Elodie Bernard, avocate spécialisée en droit immobilier.
Selon elle, « le propriétaire doit prouver que les travaux sont d’une ampleur telle qu’ils sont incompatibles avec l’occupation des lieux. Un simple rafraîchissement ne suffit pas. Préparez un dossier béton avec devis détaillés et un descriptif technique ».
Avant d’entamer cette procédure, envisagez la voie de la négociation : proposer une aide au déménagement ou un accompagnement dans la recherche d’un autre logement peut désamorcer la situation plus vite et à moindre coût qu’un contentieux.
Cas pratique : un propriétaire à Bordeaux récupère son bien pour le rénover
Pour un T3 classé G à Bordeaux, le propriétaire a obtenu des devis pour une rénovation globale : isolation, fenêtres, VMC. Montant total : 32 000 €. Les artisans ont jugé la présence du locataire incompatible avec la nature des travaux.
Le bail se terminant en mai 2025, il a envoyé un congé en octobre 2024, avec une lettre argumentée, la notice ANIL, et les justificatifs. Le congé a été accepté. Il prévoit de relouer le bien après travaux, avec une étiquette C.
Ce cas montre qu’en respectant la procédure, il est possible d’agir dans le cadre légal tout en sécurisant la rentabilité future de son bien.
Ce que vous devez retenir si vous êtes propriétaire d’une passoire thermique
Agir est non seulement possible, mais impératif. L’inaction vous expose à une interdiction de location et à des sanctions financières.
Si votre locataire refuse de partir, vous avez deux voies : les travaux en site occupé (avec toutes leurs limites) ou le congé pour motif légitime et sérieux, à condition de bien le préparer.
Examinez sans attendre la date de fin du bail, le classement DPE de votre bien, et commencez à recueillir les devis nécessaires. C’est la première étape d’une stratégie solide.

Entrepreneur et investisseur, je vous partage mon expérience dans le domaine de l’investissement immobilier. Pensez à me suivre sur mes réseaux !

Voir SOLIHA peut-être.