«C’est déjà ça, mais bon…» : L’État annonce un dégrèvement sur la taxe foncière pour les agriculteurs sinistrés

Auteur : Laurent Carbonnet

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Chaque année, le même scénario. Des pluies torrentielles, des orages destructeurs, des récoltes perdues, des dettes qui s’accumulent. Et en face, des aides. Des miettes. En cette fin 2025, l’État brandit un dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés non bâties pour soutenir les agriculteurs sinistrés. Oui, c’est déjà ça. Mais bon… Jusqu’à quand va-t-on perfuser une profession qu’on laisse en apnée le reste du temps ?

Une mesure d’urgence face aux sinistres climatiques

Dans le Gard, la Direction départementale des finances publiques a annoncé une mesure exceptionnelle : un dégrèvement de 20 % à 65 % sur la taxe foncière pour les terres touchées, principalement viticoles, dans 220 communes. Montant total : 2,3 millions d’euros en 2025, contre 1,8 million l’année précédente. Automatique, sans dossier à remplir. Presque trop simple pour être vrai.

Même stratégie en Ariège, où deux vagues d’orages — en mai et août — ont ravagé des cultures entières. Résultat : un taux de perte uniforme de 40 %, un dégrèvement collectif déclenché sans formalité, et 761 624 € répartis sur 3 127 avis. Là encore, c’est l’État qui règle l’addition. Les agriculteurs, eux, encaissent les coups.

Une précision importante : quand l’exploitant n’est pas propriétaire, le propriétaire foncier est tenu par la loi de reverser l’avantage fiscal au fermier. Les textes sont clairs, les pratiques moins.

Les agriculteurs : amortisseurs de la société, jamais prioritaires

Le soulagement est réel. Mais il n’efface ni la lassitude, ni le désespoir. Car ce geste fiscal, ponctuel, arrive dans un contexte délétère : pression sur les prix, concurrence déloyale, incertitude climatique, normes européennes déconnectées, et permanente dépendance aux aides. Le secteur agricole vit sous perfusion. Et à chaque crise, on lui offre un pansement… sans jamais traiter l’hémorragie.

Un vigneron de Nîmes glisse, amer : « On est devenus des assistés de luxe. On produit, on se ruine, et on nous remercie avec des dégrèvements. C’est pas une solution, c’est une aumône. »

Les syndicats agricoles, eux, dénoncent un système hypocrite : l’Europe signe des accords (Mercosur, élargissement aux pays de l’Est) qui font entrer des produits moins chers, moins encadrés. Pendant ce temps, les agriculteurs français doivent tout justifier, tout consigner, tout supporter.

Dégrèvements : à qui profitent-ils vraiment ?

Officiellement, le dégrèvement profite au propriétaire foncier, pas toujours exploitant. En cas de fermage ou de métayage, c’est au propriétaire de reverser l’avantage au fermier, conformément au Code rural et de la pêche maritime (articles L. 411-24 et L. 417-8). En théorie, tout va bien.

Mais sur le terrain, certains exploitants découvrent qu’ils doivent quémander l’information à la mairie, ou se heurter à des bailleurs peu enclins à jouer le jeu. Et sans recours rapide. Une aberration de plus dans un système à bout de souffle.

Les centres des finances publiques, eux, se préparent à recevoir une avalanche de demandes de dégrèvements complémentaires, surtout de la part des maraîchers, arboriculteurs et viticulteurs. Car le dégrèvement collectif, aussi généreux soit-il, ne couvre qu’une partie des pertes.

Un système à bout de souffle, maintenu sous perfusion

Ces aides ponctuelles sont-elles vraiment des solutions ou juste des moyens de retarder l’effondrement ? Derrière chaque euro versé se cache un constat gênant : l’agriculture française, pilier de notre alimentation, n’a plus de cap. Elle résiste, encadrée, contrôlée, subventionnée… mais pas respectée.

Le modèle agricole actuel est une course d’obstacles permanente, où le rôle du propriétaire, du fermier, de l’administration fiscale, des normes européennes et du climat s’enchevêtrent jusqu’à l’absurde. Et tant que le seul horizon restera celui du dégrèvement, le monde agricole restera coincé entre résilience forcée et colère contenue.

Alors oui, c’est déjà ça. Mais bon… Il faudra bien un jour que la société choisisse entre soutenir l’agriculture ou continuer à la sacrifier.

Et vous, êtes-vous exploitant ou propriétaire concerné par ces dégrèvements ? Votre mairie vous a-t-elle informé ? Avez-vous pu obtenir votre dû ?
Partagez votre expérience, vos difficultés ou vos solutions en commentaire. Parlons-en.

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