Une hausse de 0,05 %. Voilà ce qu’il a suffi pour alerter les emprunteurs immobiliers. En plein mois de septembre, alors que le gouvernement Bayrou joue sa survie, les taux de crédit immobilier repartent légèrement à la hausse. Pas de quoi provoquer un effondrement du marché, mais assez pour refroidir les investisseurs. Avec un taux moyen à 3,25 % sur 20 ans, contre 3,20 % le mois dernier, la finance rappelle qu’elle déteste l’instabilité politique.
Le taux d’intérêt, baromètre d’une confiance ébranlée
Les marchés n’aiment pas les surprises. La chute imminente du gouvernement Bayrou n’est pas qu’un événement politique : c’est un signal d’alerte envoyé aux banques, aux investisseurs, aux analystes. Cette incertitude pèse déjà sur le taux d’intérêt, poussant les établissements à répercuter le risque sur les emprunteurs.
Le mouvement reste marginal — 0,05 point de plus en moyenne — mais il brise la tendance baissière amorcée depuis le début de l’année. Une alerte, plus qu’un renversement. Pour un prêt de 200 000 € sur 20 ans, cette hausse ne représente que quelques euros de mensualité. Mais elle incarne un changement de ton.
En filigrane : un avertissement. Si la situation politique ne se clarifie pas rapidement, la Banque pourrait resserrer davantage les conditions d’accès au crédit immobilier, mettant à mal le fragile rebond du marché immobilier français.
Investisseurs : le retour de l’attentisme
Quand la visibilité fiscale et réglementaire s’estompe, les investisseurs se mettent en retrait. Depuis juillet, beaucoup attendaient la création d’un nouveau statut du bailleur, censé simplifier la fiscalité et encourager l’investissement locatif. La chute annoncée du gouvernement rend cette perspective caduque à court terme.
« Je devais signer une SCPI fin août, mais j’ai préféré attendre. Si le gouvernement saute, tout repart à zéro », explique Pierre, cadre supérieur et multi-investisseur en immobilier locatif. Comme lui, nombreux sont ceux qui préfèrent suspendre leur projet plutôt que d’investir à l’aveugle.
L’instabilité politique agit comme un gel : elle fige les décisions, bloque les arbitrages, paralyse les choix. Les plus exposés sont les marchands de biens, les foncières et les investisseurs à effet de levier. En clair, ceux pour qui chaque dixième de point sur les taux change l’équation de rentabilité.
Les accédants, eux, avancent
À l’inverse, les acquéreurs de résidence principale poursuivent leur trajectoire. Pour eux, le moment reste opportun. Les prix se sont stabilisés, les taux d’intérêt restent inférieurs à ceux de 2024, et la perspective d’une amélioration à court terme semble illusoire.
« Les ménages achètent pour se loger, fonder une famille, s’ancrer quelque part. Ils n’attendent pas un contexte politique parfait », analyse un notaire à Toulouse. Une logique de projet de vie, plus que de pari financier.
Et les chiffres le confirment : +9,5 % d’acheteurs sur le premier semestre 2025 selon l’Observatoire PAP. Une dynamique fragile, certes, mais réelle. Tant que les conditions de financement ne se durcissent pas brutalement, la demande devrait continuer à progresser.
Pas d’effondrement, mais une tension palpable
Le marché immobilier français ne s’effondre pas. Il avance à petits pas, soutenu par une demande qui revient, des prix assagis et une meilleure adaptabilité des vendeurs. Mais l’équilibre reste précaire.
Chaque instabilité politique ou fiscale réactive les tensions. La banque devient plus sélective. Le crédit immobilier plus contraignant. L’investisseur plus exigeant. L’accédant plus nerveux.
Et tout cela repose, en fin de compte, sur un fil : la confiance. Celle que les acteurs du marché placent dans la durabilité des règles, la stabilité des institutions, la clarté des politiques publiques.
Sans elle, les taux grimpent. Et le marché ralentit.

Depuis 2015, j’explore les mécanismes de l’argent, de l’investissement et de l’immobilier pour vous aider à mieux comprendre, mieux décider et mieux gérer. Mon approche : décrypter sans détour, rendre l’information utile, et vous donner les clés pour optimiser vos choix financiers. Retrouvez mes analyses sur Koliving.fr.
