Conjoint survivant : ce que vous héritez vraiment (et les pièges à connaître)

Auteur : Laurent Carbonnet

Publié le

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Perdre son conjoint, c’est déjà une épreuve. Découvrir qu’on n’hérite pas de tout ce que l’on croyait en est une autre. Car en l’absence de testament, la loi française réserve au conjoint survivant une part parfois bien plus réduite qu’imaginé, surtout en présence d’enfants. Et une décision cruciale doit être prise en seulement trois mois.

Usufruit ou pleine propriété, enfants communs ou pas, droit au logement : voici ce que le conjoint survivant hérite vraiment, et les pièges à connaître pour se protéger à temps.

En bref

  • Sans testament et avec des enfants communs, le conjoint choisit entre l’usufruit de tout ou le quart en pleine propriété.
  • Ce choix doit être fait en trois mois ; à défaut, c’est l’usufruit qui s’applique.
  • En présence d’enfants d’une autre union, le conjoint est limité au quart en pleine propriété.
  • Le conjoint survivant ne paie aucun droit de succession (loi TEPA de 2007).
  • Il bénéficie d’un droit au logement : gratuit pendant un an, puis viager sur demande.

Avec des enfants communs : usufruit ou quart

C’est la situation la plus fréquente. Si le défunt laisse des enfants tous issus du couple, le conjoint survivant a le choix entre deux options : l’usufruit de la totalité de la succession, ou la pleine propriété du quart des biens.

L’usufruit permet de continuer à vivre dans le logement et de percevoir les revenus des biens (loyers, dividendes), sans en être propriétaire : la nue-propriété revient aux enfants, qui deviennent pleinement propriétaires au décès du parent survivant. Attention : ce choix doit être exprimé dans un délai de trois mois. Passé ce délai et sans réponse, c’est l’usufruit total qui s’applique d’office.

Avec des enfants d’une autre union : le piège

La règle change radicalement si le défunt avait des enfants d’un précédent mariage ou d’une autre relation. Dans ce cas, le conjoint survivant ne peut prétendre qu’au quart de la succession en pleine propriété. L’option de l’usufruit total lui est fermée.

Cette disposition vise à protéger les enfants du premier lit, qui n’auraient sinon accès à leur héritage qu’au décès du beau-parent. C’est l’une des principales sources de mauvaises surprises dans les familles recomposées, et un argument fort pour anticiper avec un notaire.

Sans enfant : parents et conjoint

Si le couple n’a pas d’enfant, le conjoint survivant recueille la moitié des biens en pleine propriété lorsque les parents du défunt sont encore vivants : le père et la mère se partagent alors l’autre moitié. Si les parents sont décédés, le conjoint hérite de la totalité de la succession.

Le droit au logement, une protection clé

Quelle que soit l’option retenue, le conjoint survivant bénéficie d’un droit temporaire au logement : il peut rester gratuitement dans la résidence principale pendant un an. Il peut aussi demander, dans l’année, un droit viager d’habitation lui permettant d’y demeurer jusqu’à la fin de sa vie.

Enfin, bonne nouvelle sur le plan fiscal : depuis la loi TEPA de 2007, le conjoint survivant est totalement exonéré de droits de succession, quelle que soit la valeur du patrimoine transmis. Pour aller plus loin sur les règles de transmission, consultez nos articles sur les erreurs de succession à éviter et sur la réserve héréditaire.

Questions fréquentes

Le conjoint survivant hérite-t-il de tout ?

Pas automatiquement. En présence d’enfants communs, il choisit entre l’usufruit de la totalité ou le quart en pleine propriété. Avec des enfants d’une autre union, il est limité au quart en pleine propriété. Sans enfant, il hérite de la moitié ou de la totalité selon que les parents du défunt sont vivants.

Quel délai pour choisir entre usufruit et pleine propriété ?

Le conjoint dispose de trois mois pour exprimer son choix. Sans décision dans ce délai, c’est l’usufruit de la totalité qui s’applique par défaut.

Le conjoint survivant paie-t-il des droits de succession ?

Non. Depuis la loi TEPA de 2007, le conjoint survivant marié est totalement exonéré de droits de succession, quelle que soit la valeur des biens hérités.

Peut-on rester dans le logement après le décès ?

Oui. Le conjoint bénéficie d’un droit gratuit au logement pendant un an, et peut demander dans l’année un droit viager pour y rester jusqu’à la fin de sa vie.

Cet article a une vocation informative et ne remplace pas les conseils d’un notaire, seul à même d’analyser votre situation familiale et patrimoniale.

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