Bordeaux : «Les propriétaires commencent à trembler», les prix de l’immobilier baissent encore de 5,3 % en un an, les investisseurs se frottent les mains

Auteur : Laurent Carbonnet

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Bordeaux a longtemps incarné l’emballement immobilier français, avec des prix qui avaient bondi de +12,4 % entre 2018 et 2022. Le retournement est aussi net que brutal : -5,3 % en un an, des quartiers qui franchissent des seuils symboliques à la baisse, des vendeurs qui cèdent du terrain. Et pendant que certains propriétaires commencent à s’inquiéter, d’autres acteurs, ceux qui savent lire un cycle, se positionnent discrètement.

Le retournement bordelais : comment une ville star est devenue le symbole d’un marché qui craque

Il y a encore trois ans, Bordeaux faisait rêver. La ville classée au patrimoine mondial de l’Unesco, à deux heures de Paris en TGV, avait attiré une vague massive d’acheteurs parisiens après le Covid, séduits par la qualité de vie, les quais de la Garonne et des prix encore raisonnables comparés à la capitale. La machine s’était emballée : entre mars 2018 et août 2022, les prix ont grimpé de 12,4 %, propulsant Bordeaux au rang des marchés les plus tendus de France.

La remontée des taux d’intérêt – passés de 2,35 % à plus de 4 % entre décembre 2022 et décembre 2023 – a cassé net cette dynamique. Le pouvoir d’achat immobilier des ménages bordelais s’est effondré, ramenant la capacité d’achat d’un foyer médian à seulement 50 m² dans la ville. Face à cette réalité, les acquéreurs ont marqué une pause. Les vendeurs, eux, ont tardé à ajuster leurs prétentions.

Résultat : les volumes de ventes ont reculé d’environ 20 % selon la FNAIM. Les délais de vente se sont allongés à 85 jours en moyenne début 2024, contre 66 jours un an plus tôt. Le marché n’était plus bloqué par la pénurie de biens, mais par l’écart entre ce que les propriétaires espéraient et ce que les acheteurs étaient capables de financer. «Les propriétaires qui ont acheté au cours des quatre ou cinq dernières années, à des prix remarquablement élevés, ne peuvent pas récupérer la totalité de leur investissement en vendant aujourd’hui», confient des professionnels du secteur.

2023 a été l’année de la purge la plus sévère : -7,4 % sur l’ensemble de la ville, soit le recul le plus marqué parmi les onze plus grandes métropoles françaises. La baisse s’est poursuivie en 2024 et se prolonge en 2025 avec ce nouveau recul de 5,3 % en un an. La correction n’est pas une anecdote : elle représente plusieurs dizaines de milliers d’euros sur un bien moyen.

Quartier par quartier : qui résiste, qui s’effondre, et où les opportunités se cachent vraiment

Le chiffre global de -5,3 % masque des réalités très différentes selon les secteurs. L’Hôtel de Ville–Quinconces reste le territoire le plus onéreux de Bordeaux, avec des prix autour de 5 550 €/m² et des rues comme la rue Voltaire qui culminent à 6 579 €/m². Ces adresses du Triangle d’Or résistent mieux à la correction, portées par leur rareté structurelle et une clientèle patrimoniale peu sensible aux taux.

«Des biens trop chers mettront du temps à se vendre. Le nombre de biens en vente étant important, la concurrence est rude et chaque bien doit se démarquer de par ses qualités et son prix.» — Stéphane Lalanne, agence Lalanne Immobilier

Les Chartrons affichent des appartements autour de 4 607 €/m² et des maisons jusqu’à 6 014 €/m². Le quartier, longtemps champion de la gentrification bordelaise avec ses anciens entrepôts reconvertis en lofts et galeries, maintient sa cote. Saint-Augustin, à proximité du CHU Pellegrin et bien desservi en transports, se situe autour de 4 210 €/m² pour les appartements et jusqu’à 5 969 €/m² pour les maisons – un compromis prisé des familles.

C’est dans les quartiers intermédiaires que la correction a été la plus sévère. Saint-Michel, Saint-Pierre et le secteur Gare Saint-Jean ont encaissé des baisses de 6 à 8,4 % sur certaines périodes. Les appartements destinés à l’investissement locatif ont souffert en priorité, dans un contexte où le permis de louer et les discussions sur le plafonnement des loyers ont refroidi une partie des investisseurs.

Bacalan, quartier nord en bord de Garonne, est l’exemple le plus instructif de ce marché à deux vitesses. Longtemps délaissé, il affiche aujourd’hui des prix autour de 4 095 €/m² à 4 432 €/m² selon les sources. Mais sa transformation est profonde : Cité du Vin, extension du tramway, espaces culturels, commerces en essor, programmes neufs intégrés. Pour les investisseurs qui achètent sur la durée, c’est précisément le type de quartier accessible aujourd’hui et valorisé demain.

Le DPE, arme secrète des acheteurs malins sur le marché bordelais

Il y a un levier que beaucoup d’acheteurs n’intègrent pas encore dans leur stratégie : l’impact du diagnostic de performance énergétique sur la négociation des prix. Bordeaux concentre un stock important de maisons en pierre et d’immeubles anciens aux performances thermiques souvent médiocres. Ces biens classés F ou G, désormais sous pression réglementaire, offrent des marges de négociation que le marché courant ne permet pas.

Un bien classé G interdit à la nouvelle location depuis 2023, classé F depuis 2025 : le vendeur qui veut liquider son patrimoine locatif n’a plus le choix. Les décotes observées sur ces passoires thermiques varient de 10 à 20 % selon les professionnels de terrain. Combinées à la baisse générale des prix, elles créent des points d’entrée inédits depuis 2018.

L’équation est simple pour l’investisseur qui sait mener un audit énergétique sérieux : acheter un T2 de 55 m² classé G dans un secteur intermédiaire à 200 000 € au lieu de 230 000 €, engager 25 000 € de travaux d’isolation thermique pour passer en classe C, et retrouver un actif locatif compétitif dans un marché bordelais où la tension locative reste forte. Le loyer médian tourne autour de 16,9 €/m² pour les appartements – un rendement qui redevient défendable à ces niveaux de prix.

Les signaux de fond qui annoncent la fin de la correction

Le marché bordelais envoie des signaux qui méritent attention. Les taux d’intérêt ont amorcé leur descente fin 2024, s’établissant entre 3,3 % et 3,7 % début 2026. Les primo-accédants, trentenaires et quarantenaires aux revenus stables, reviennent progressivement avec des budgets autour de 550 000 €. Les volumes de ventes progressent : certaines agences spécialisées enregistrent 30 % de ventes prévisionnelles supplémentaires au premier trimestre 2025 par rapport à la même période en 2024.

Les délais de vente, eux, se réduisent pour les biens bien positionnés. Un appartement affiché au juste prix passe de 100 à 66 jours en moyenne entre janvier et mai 2025. Une échoppe bordelaise en bon état, dans un quartier familial coté comme Saint-Augustin ou Caudéran Primerose, peut encore se vendre en dix jours sans négociation. La sélectivité du marché s’est accentuée : les biens bien présentés et bien valorisés sortent rapidement, les autres restent.

En mars 2026, les données les plus récentes confirment cette inflexion : le prix moyen des appartements atteint 4 466 €/m², contre 4 440 €/m² en février, soit une progression de 0,6 % en un mois. Les maisons s’affichent à 5 031 €/m², en hausse de 0,3 % sur un mois. L’Observatoire PAP anticipe une hausse modérée des prix bordelais en 2026, entre 1 et 3 %. Ce n’est pas une explosion, mais c’est la confirmation que le point bas est derrière nous pour les segments les plus liquides.

Les projets urbains structurants jouent leur rôle dans cette stabilisation : l’opération Euratlantique autour de la Gare Saint-Jean, les ZAC Belvédère et Garonne-Eiffel sur la rive droite, la finalisation des Bassins à Flots, le développement du RER métropolitain bordelais et l’initiative «Métropole à vivre» lancée en 2025 sur 7 000 hectares. Bordeaux Métropole continue de se transformer — et les investisseurs qui se positionnent dans les zones en cours d’aménagement en bénéficieront dans trois à cinq ans, quand le public percevra clairement la mutation.

Votre avis compte. Vous suivez le marché bordelais de près ? Vous avez tenté une négociation ces derniers mois, ou vous hésitez encore à vous positionner sur un bien ? Partagez votre expérience en commentaire – les retours de terrain valent souvent mieux que n’importe quelle moyenne. Et si cet article vous a aidé à y voir plus clair, transmettez-le à un investisseur ou un primo-accédant qui hésite encore : il lui fera peut-être gagner du temps, et plusieurs dizaines de milliers d’euros.

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