Le diagnostic de performance énergétique, le fameux DPE, est devenu en quelques années le document le plus stratégique de l’immobilier français. Une simple lettre, de A à G, qui détermine désormais si vous pouvez louer votre bien, à quel prix vous le vendrez, et quels travaux vous devrez engager.
Et 2026 marque un tournant : un nouveau mode de calcul fait sortir près de 850 000 logements du statut de passoire thermique, sans le moindre coup de marteau. Ce guide complet décrypte tout : l’échelle, les obligations, la réforme 2026, le calendrier d’interdiction de location, l’audit énergétique et les leviers pour améliorer votre classe.
En bref
- Le DPE classe un logement de A à G selon sa consommation d’énergie et ses émissions de CO2. Il est valable 10 ans et opposable depuis 2021.
- Réforme 2026 : le coefficient de l’électricité passe de 2,3 à 1,9 au 1er janvier, ce qui fait sortir environ 850 000 logements du statut de passoire sans aucun travaux.
- Calendrier d’interdiction de location : G interdit depuis 2025, F en 2028, E en 2034.
- Les loyers des logements F et G sont gelés depuis août 2022.
- Un audit énergétique est obligatoire pour vendre une maison ou une monopropriété classée E, F ou G.
- Le DPE coûte de 100 à 250 euros et conditionne directement la valeur et la louabilité d’un bien.
Qu’est-ce que le DPE ?
Le diagnostic de performance énergétique (DPE) est un document qui évalue la performance d’un logement sur deux plans : sa consommation d’énergie primaire (chauffage, eau chaude, ventilation, refroidissement, éclairage) et ses émissions de gaz à effet de serre. Il aboutit à une étiquette unique, de A (très performant) à G (très énergivore).
Le diagnostic est réalisé par un diagnostiqueur certifié, qui inspecte l’isolation des murs, de la toiture et des fenêtres, le système de chauffage, la production d’eau chaude et la ventilation. Ces données sont saisies dans un logiciel certifié par l’ADEME, selon la méthode de calcul dite 3CL. L’étiquette finale retient toujours le plus mauvais des deux critères (énergie ou climat).

Les classes énergétiques de A à G
L’étiquette repose sur des seuils de consommation exprimés en kilowattheures d’énergie primaire par mètre carré et par an, croisés avec les émissions de CO2. Voici les seuils de consommation pour chaque classe :
| Classe | Consommation (kWh/m2/an) | Interprétation |
|---|---|---|
| A | inferieure ou egale a 70 | Logement très performant |
| B | 71 a 110 | Performant |
| C | 111 a 180 | Correct |
| D | 181 a 250 | Moyen |
| E | 251 a 330 | Énergivore |
| F | 331 a 420 | Passoire thermique |
| G | superieure a 420 | Passoire thermique (très énergivore) |
Les classes F et G désignent les passoires thermiques, dans le viseur de la loi. À l’inverse, un logement A ou B se vend avec une prime de prix et se loue sans contrainte. C’est cet écart, la fameuse valeur verte, qui fait du DPE un enjeu patrimonial.
Quand le DPE est-il obligatoire ?
Le DPE est exigé dans presque toutes les opérations immobilières :
- À la vente : il est annexé à la promesse puis à l’acte de vente.
- À la location : il est annexé au bail lors de la signature ou du renouvellement.
- Dans les annonces : l’étiquette énergie et climat doit obligatoirement figurer, ainsi qu’une estimation des dépenses annuelles d’énergie.
Il est valable 10 ans et coûte généralement entre 100 et 250 euros, un tarif librement fixé par le diagnostiqueur. Surtout, depuis le 1er juillet 2021, le DPE est opposable : en cas d’erreur significative, la responsabilité du vendeur ou du bailleur peut être engagée et l’acquéreur ou le locataire peut demander réparation.
Cas particuliers : DPE vierge, neuf et exceptions
Quelques situations échappent aux règles générales. Le DPE vierge (sans étiquette, faute de données de consommation) est interdit depuis juillet 2021 : un diagnostic chiffré est désormais toujours exigé. Les logements neufs relèvent, eux, de la réglementation environnementale RE2020 et affichent logiquement de bonnes classes.
Certains biens sont dispensés de DPE, comme les constructions de moins de 50 mètres carrés de surface ou les bâtiments occupés moins de quatre mois par an. Les locations saisonnières et meublés de tourisme ne sont pas visés par le calendrier d’interdiction de location applicable aux résidences principales.
Réforme 2026 : le nouveau calcul qui sort 850 000 logements des passoires
C’est le changement le plus spectaculaire de l’année. Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire passe de 2,3 à 1,9. Ce paramètre technique pénalisait fortement les logements chauffés à l’électricité, dont la consommation était mécaniquement gonflée dans le calcul.
Conséquence directe : environ 850 000 logements gagnent une classe ou sortent du statut de passoire thermique, sans aucun travaux et sans que leur consommation réelle ne change. Un logement classé F ou G chauffé à l’électricité peut ainsi basculer en E ou D, et redevenir louable.
Si vous êtes concerné, vous pouvez obtenir une étiquette recalculée sans repayer un diagnostic complet, via la plateforme de l’ADEME, à partir des données de votre DPE existant. Un réflexe à avoir avant d’engager des travaux qui ne seraient peut-être plus nécessaires.
Passoires thermiques : le calendrier d’interdiction de location
La loi Climat et Résilience interdit progressivement la location des logements les plus énergivores. L’interdiction vise les nouveaux baux, les renouvellements et les reconductions tacites, mais ne concerne pas la vente :
| Date | Logements interdits à la location | Outre-mer |
|---|---|---|
| Depuis le 1er janvier 2025 | Classe G | 2028 |
| 1er janvier 2028 | Classe F | 2031 |
| 1er janvier 2034 | Classe E | 2034 |
À cela s’ajoute une mesure déjà en vigueur : depuis le 24 août 2022, les loyers des logements F et G sont gelés. Impossible de les augmenter, ni à la relocation, ni par indexation annuelle. Pour tout comprendre du sujet et des solutions, consultez notre dossier dédié à la passoire thermique.
DPE et prix de vente : l’effet valeur verte
Le DPE pèse directement sur la valeur d’un bien, un phénomène que les professionnels appellent la valeur verte. Selon les études des Notaires de France, une maison classée F ou G se vend en moyenne avec une décote de plusieurs pour cent par rapport à un bien équivalent classé D, un écart qui peut dépasser 10 % dans certaines régions.
À l’inverse, un logement classé A ou B bénéficie d’une prime de prix et d’une vente plus rapide. Avec le durcissement des interdictions de location, cette décote des passoires s’est accentuée : un mauvais DPE est aujourd’hui un argument de négociation puissant pour l’acheteur, et un risque de moins-value pour le vendeur qui n’anticipe pas.
L’audit énergétique obligatoire à la vente
À ne pas confondre avec le DPE : l’audit énergétique est un document plus complet, qui propose des scénarios chiffrés de travaux pour améliorer la classe du logement. Il est obligatoire pour vendre certains biens énergivores.
- Depuis avril 2023 : maisons et monopropriétés classées F ou G.
- Depuis le 1er janvier 2025 : extension aux logements classés E.
- 1er janvier 2034 : extension prévue aux logements classés D.
Point essentiel : l’audit ne concerne que les maisons individuelles et les immeubles détenus par un seul propriétaire. La vente d’un simple lot de copropriété en est exonérée, même si son DPE affiche F ou G.
Le DPE collectif en copropriété
Les copropriétés à usage d’habitation doivent désormais disposer d’un DPE collectif, qui évalue la performance de l’immeuble entier. Le calendrier d’obligation s’achève en 2026 :
| Taille de la copropriété | DPE collectif obligatoire depuis |
|---|---|
| Plus de 200 lots | 1er janvier 2024 |
| 50 à 200 lots | 1er janvier 2025 |
| Au maximum 50 lots | 1er janvier 2026 |
En 2026, toutes les copropriétés sont donc concernées. Ce DPE collectif sert de base au plan pluriannuel de travaux (PPT) et oriente les décisions de rénovation votées en assemblée générale.

Comment améliorer le DPE de son logement ?
Faire progresser son étiquette suppose d’agir sur les bons postes, dans le bon ordre. Les travaux les plus efficaces sont généralement :
- L’isolation (combles, murs, planchers) : le premier levier, car c’est par là que s’échappe l’essentiel de la chaleur.
- Le remplacement du chauffage par un système performant (pompe à chaleur, par exemple).
- Les menuiseries : double ou triple vitrage et étanchéité.
- La ventilation et la production d’eau chaude (chauffe-eau thermodynamique).
Ces travaux sont soutenus par des aides comme MaPrimeRénov’. Vous pouvez aussi cumuler avec une exonération de taxe foncière dans les communes qui la votent. Pour chiffrer un chantier, comparez les devis d’isolation thermique.
Les aides pour financer les travaux en 2026
Améliorer son DPE a un coût, mais de nombreux dispositifs en allègent la facture. Avant de lancer un chantier, vérifiez votre éligibilité à ces aides cumulables :
- MaPrimeRénov’ : l’aide principale de l’État, modulée selon vos revenus et le gain énergétique visé.
- Les certificats d’économie d’énergie (CEE) : des primes versées par les fournisseurs d’énergie.
- L’éco-prêt à taux zéro : pour financer le reste à charge sans intérêts.
- La TVA à taux réduit (5,5 %) sur les travaux de rénovation énergétique.
- L’exonération temporaire de taxe foncière dans les communes qui la votent.
Pour chiffrer concrètement un projet, comparez les devis d’isolation des combles ou étudiez la piste du panneau solaire pour réduire votre consommation et vos émissions.
DPE et investissement locatif : la nouvelle donne
Pour un investisseur, le DPE n’est plus un détail administratif : c’est un filtre d’achat et un levier de négociation. Une passoire thermique se vend avec une décote, mais expose à l’interdiction de location et à un gel des loyers. À l’inverse, elle peut représenter une opportunité d’achat-rénovation pour qui sait chiffrer les travaux.
Avant d’acheter, intégrez le coût des travaux et l’évolution de la classe dans votre calcul de rentabilité. Testez un bien avec notre outil ImmoScan et approfondissez la méthode dans notre guide de l’investissement locatif. La réforme 2026 rebat les cartes : certains biens électriques autrefois disqualifiés redeviennent louables.
DPE : 5 idées reçues à corriger
- Un DPE, c’est figé : faux, il évolue avec la réglementation. Le recalcul 2026 améliore la classe de centaines de milliers de logements électriques.
- Le DPE bloque la vente d’une passoire : faux, l’interdiction porte sur la location, pas sur la vente. On peut toujours vendre un bien classé G.
- Tous les diagnostiqueurs donnent le même résultat : faux, des écarts existent. D’où l’intérêt de choisir un professionnel certifié et, en cas de doute, de demander un second avis.
- Le DPE est facultatif pour louer : faux, il est obligatoire et opposable, et son absence engage votre responsabilité.
- Améliorer une lettre coûte forcément une fortune : pas toujours. L’isolation des combles, souvent peu coûteuse et aidée, suffit parfois à gagner une classe.
DPE erroné : que faire ?
Le DPE étant opposable, une erreur n’est pas sans recours. Si vous estimez votre classe injustifiée (données de surface fausses, équipements mal pris en compte, méthode mal appliquée), commencez par contacter le diagnostiqueur pour une vérification.
Vous pouvez aussi faire réaliser un second DPE par un autre professionnel certifié. En cas de préjudice avéré lié à une erreur significative, la responsabilité du diagnostiqueur ou du vendeur peut être engagée. Choisissez toujours un diagnostiqueur certifié et assuré, et vérifiez sa certification sur l’annuaire officiel.
Questions fréquentes
Le DPE est-il obligatoire en 2026 ?
Oui, pour toute vente et toute location, ainsi que dans les annonces immobilières. Il est valable 10 ans et opposable depuis 2021.
Qu’est-ce qui change pour le DPE en 2026 ?
Le coefficient de conversion de l’électricité passe de 2,3 à 1,9 au 1er janvier 2026. Environ 850 000 logements chauffés à l’électricité sortent du statut de passoire thermique sans travaux.
Quand un logement est-il interdit à la location ?
Les logements classés G sont interdits à la location depuis 2025, les F le seront en 2028 et les E en 2034. Les loyers des F et G sont déjà gelés depuis août 2022.
Quelle différence entre DPE et audit énergétique ?
Le DPE attribue une étiquette de A à G. L’audit énergétique, plus complet, propose des scénarios de travaux chiffrés. Il est obligatoire pour vendre une maison ou une monopropriété classée E, F ou G.
Combien coûte un DPE ?
Entre 100 et 250 euros en moyenne, selon la surface et la localisation. Le tarif est libre et fixé par le diagnostiqueur certifié.
Comment passer de F à E ou D ?
En isolant en priorité (combles, murs), en remplaçant le chauffage par un système performant et en améliorant la ventilation. Si le logement est chauffé à l’électricité, le recalcul 2026 peut déjà améliorer la classe.