Quand un homme amputé se retrouve menacé d’expulsion sans solution de relogement, c’est tout un pan invisible de la crise du logement qui éclate au grand jour. À Réguisheim, dans le Haut-Rhin, Abdelkrim Kauffmann, ancien menuisier, vit un cauchemar bien réel : la préfecture lui annonce qu’elle accorde le concours de la force publique pour son expulsion, alors qu’il n’a toujours pas trouvé de logement accessible pour lui, sa femme et ses deux enfants. La France garantit-elle encore un droit au logement digne pour les personnes en situation de handicap ?
Une expulsion imminente dans un silence glaçant
Le courrier est tombé comme un couperet : la sous-préfecture de Thann autorise l’expulsion d’Abdelkrim, sans qu’aucune alternative concrète ne lui soit proposée. Depuis, l’homme de 53 ans, amputé en 2023, vit dans l’angoisse permanente. Il habite la même maison depuis onze ans, aujourd’hui mise en vente par le propriétaire. Ce dernier a fait valoir ses droits devant la justice, qui a tranché en sa faveur.
Mais derrière la légalité de l’expulsion, c’est l’inhumanité du processus qui choque. La préfecture renvoie simplement Abdelkrim… vers le 115. Pas de logement social adapté en vue. Pas de dispositif de relogement à la hauteur. Simone Roesch, du collectif Droit au logement (DAL), dénonce une décision « inhumaine ». Ce drame met à nu l’impasse totale de l’accessibilité dans le parc locatif.
Les autorités assurent qu’aucune date d’expulsion n’a encore été fixée. Pourtant, l’épée de Damoclès est bien là. Le courrier officiel suffit à plonger une famille entière dans une insécurité psychologique destructrice.
Une quête impossible : trouver un logement adapté
Avec l’aide de sa famille, Abdelkrim cherche un nouveau toit. Objectif : un rez-de-chaussée accessible, avec deux chambres. Une demande basique, mais quasi introuvable dans le parc locatif actuel. « On regarde partout : Le Bon Coin, les agences… Mais tout est à étage, ou trop petit pour une famille », explique-t-il, désabusé.
En Alsace, seuls 3 % des logements sont adaptés aux handicaps. Dans le parc privé, c’est pire encore. Escaliers, seuils, portes trop étroites : les obstacles se multiplient. Pourtant, la loi Handicap de 2005 visait l’accessibilité totale du neuf. Mais en 2018, ce seuil a été rabaissé à 20 %, sabordant les ambitions initiales.
Le plus choquant ? Le handicap diminue vos chances d’obtenir un logement social. Selon la Fondation pour le logement, les demandeurs en situation de handicap ont 14 % de chances en moins d’être prioritaires. Les délais, eux, s’étendent jusqu’à cinq ans.
La responsabilité de l’État face au vide de solutions
Ni la famille, ni l’association DAL ne pointent du doigt le propriétaire. Il agit dans le cadre de la loi. Mais c’est bien l’État qui faillit à sa mission. En décembre 2023, une décision de justice a validé l’expulsion, confirmée en mars 2025 par la cour d’appel de Colmar. Que s’est-il passé entre-temps pour anticiper un relogement ? Rien de concret.
L’administration botte en touche. On applique la loi, dit-on. Mais où est la stratégie de relogement ? Pourquoi aucune solution n’a été trouvée en plusieurs mois ? Le scandale n’est pas juridique. Il est politique et moral.
La seule proposition formulée par la préfecture ? Le 115. Une ligne d’urgence souvent saturée, incapable de garantir un logement permanent, encore moins adapté. L’impression d’abandon est totale.
L’accessibilité, grande oubliée du parc locatif français
Le cas d’Abdelkrim Kauffmann est un symptôme. En France, l’accessibilité est toujours considérée comme une « option ». Pourtant, 12 millions de personnes vivent avec un handicap. Mais faute de politiques ambitieuses, le logement reste une jungle où les plus vulnérables se perdent.
Des initiatives existent. Ici ou là, des maisons adaptées voient le jour. Comme ce père de famille dans le Bas-Rhin qui a conçu une maison commandée par la voix. Des innovations saluées, mais très coûteuses. Trop marginales pour changer la donne.
Le droit au logement digne, pour les personnes handicapées, reste un vœu pieux. Les chiffres le confirment, les drames aussi. Et comme souvent, c’est dans l’urgence qu’éclatent les injustices les plus profondes.

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