« Rachetez-le si vous voulez le préserver ! » : à La Ciotat, un terrain ravive la guerre entre béton et patrimoine

Auteur : Charlie Antona

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Dans le quartier du Feloux, à La Ciotat, un permis de construire vient de raviver un vieux feu. Au 93 chemin des Poissonniers, un terrain de 4 855 m2 va accueillir un projet immobilier signé Nexity : 24 logements répartis en deux bâtiments, avec 50 places de stationnement. Une promesse de logements neufs qui divise profondément. D’un côté, un promoteur qui avance un besoin régional en logements. De l’autre, des riverains mobilisés pour défendre « l’âme du quartier ». Leur arme : une pétition, déjà virale.

Le choc des récits : logements neufs contre mémoire collective

Pour Nexity, il s’agit d’une réponse concrète à la tension immobilière dans le sud de la France. Mais dans les ruelles étroites du Feloux, l’annonce est vécue comme un coup de poignard. Sofy Daniel, habitante historique, lance une pétition en ligne. Elle y dénonce un « projet insensé » sur un sol « rocheux et caverneux », mettant potentiellement en danger les vieilles bâtisses du voisinage.

La pétition n’est pas qu’émotive. Elle cite une étude de l’INSEE sur les effets délétères de l’urbanisation : hausse du trafic, bruit, disparition du vert. Et elle alerte sur les contraintes physiques du terrain : accès étroit, interdiction aux véhicules de plus de 2,20 m, risques liés au chantier.

Le discours est clair : ce n’est pas seulement un projet immobilier, c’est une menace pour un équilibre local. « Chaque pierre raconte une histoire », écrit-elle. Ce n’est plus une question d’urbanisme, mais de mémoire collective.

Le propriétaire sort du bois : « Vous n’avez qu’à me le racheter »

Face à la mobilisation, Claude Molinengo, propriétaire du terrain, sort de son silence. Et balance. Son message est simple, brutal, presque cynique : « Nexity m’a proposé 2,5 millions. Si les opposants veulent garder ce terrain en friche, qu’ils me le rachètent au même prix »

Cet argument sonne comme un défi lancé aux opposants. Et sème la division. Peut-on moralement exiger la conservation d’un terrain… sans vouloir en assumer le coût ?

Molinengo rappelle que le terrain était déjà en partie aménagé, et que certains signataires vivent aujourd’hui dans le lotissement voisin. Il évoque aussi un passé judiciaire : un précédent projet de huit villas avait été annulé suite à une action des riverains. « Aujourd’hui, je ne peux plus rien faire moi-même. Nexity, c’était la seule option. »

Un point de tension qui soulève une question plus large : la patrimonialisation d’un quartier peut-elle reposer uniquement sur la bonne volonté de ceux qui en détiennent les parcelles ?

L’alternative oubliée : bâtir autrement, ou ne pas bâtir du tout ?

Les opposants ne disent pas non à tout. Leur message est plus nuancé : rénover l’existant, préserver la végétation, éviter la densification. Une logique de couture urbaine douce plutôt que de grignotage brutal. Mais ces approches demandent du temps, de l’argent, et surtout une volonté politique.

Le dossier montre qu’aucune démolition préalable n’est prévue. Le terrain est nu. Pourtant, les habitants rêvent d’une autre voie, moins rentable mais plus respectueuse. À l’heure de la transition énergétique, du ZAN (zéro artificialisation nette), et du droit à la ville, leur message fait écho à une tension nationale.

Ils brandissent la carte du Plan local d’urbanisme, s’interrogent sur la régularité du permis, envisagent des recours. Mais dans une France en déficit chronique de logements, ces voix sont souvent marginalisées.

Un micro-conflit, mais un symptôme national

Ce qui se joue à La Ciotat dépasse largement ses frontières. On y lit en creux les contradictions françaises : protéger le paysage ou loger plus de monde ? Rentabiliser chaque mètre carré ou préserver des lieux de vie ? Donner raison au marché ou écouter les habitants ?

Le débat, relancé par la sortie fracassante de Molinengo, agite les réseaux sociaux. Certains crient au scandale, d’autres saluent un réalisme salutaire. En filigrane : la valeur du foncier, le pouvoir des promoteurs, la faiblesse des alternatives publiques.

La pétition, elle, poursuit sa course. Mais les excavatrices aussi. Reste à savoir qui, du béton ou du bitume, de la mémoire ou du marché, gagnera ce bras de fer local.

Source : https://www.frequencenautique.com/article/2201-la-ciotat-petition-pour-sauver-une-campagne-d-un-projet-immobilier.html

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