La France vit ce jeudi 16 juillet une journée climatique à double détente : 31 départements sont encore en vigilance orange canicule, pendant que 15 autres passent en vigilance orange orages, avec 102 départements en jaune. Pour les habitants, c’est un soulagement après une troisième vague de chaleur. Pour les maisons construites sur argile, c’est le scénario le plus redouté.
Le retrait-gonflement des argiles, le RGA, ne se déclenche pas avec la sécheresse seule. Il se déclenche avec l’alternance : le sol se rétracte sous la chaleur, puis gonfle brutalement quand l’eau revient. Ce sont ces mouvements différentiels, et non la chaleur, qui fissurent les murs. Une canicule suivie d’orages violents est exactement la séquence qui produit les dégâts.
En bref
- 31 départements en vigilance orange canicule et 15 en orange orages le même jour.
- Le retrait-gonflement des argiles est déclenché par l’alternance sécheresse puis réhydratation, pas par la chaleur seule.
- Les fissures n’apparaissent pas tout de suite : le délai se compte en semaines ou en mois.
- Franchise légale spécifique : 1 520 €, contre 380 € pour les autres catastrophes naturelles.
- Un arrêté du 9 janvier 2026 a actualisé la carte nationale d’exposition au RGA.
Pourquoi l’orage après la canicule est le pire moment
Les sols argileux se comportent comme une éponge. En période de sécheresse prolongée, ils perdent leur eau, se tassent et se rétractent : le terrain sous les fondations baisse, de façon rarement uniforme. Quand des pluies intenses arrivent d’un coup, l’argile réabsorbe l’eau et gonfle, parfois de plusieurs centimètres. Ce sont ces variations, inégales d’un point à l’autre de la maison, qui font travailler la structure.
Les maisons individuelles de plain-pied à fondations superficielles sont les plus exposées, en particulier lorsqu’un arbre proche pompe l’eau du sol d’un seul côté du bâti. Les signes ne trompent pas : fissures en escalier suivant les joints de parpaings, ouvertures en diagonale partant des angles de fenêtres, portes qui coincent, décollement entre le perron et la façade.
Point crucial pour un propriétaire : l’orage de ce soir ne se verra pas sur vos murs demain matin. Le phénomène est lent, et les fissures apparaissent souvent des semaines après l’épisode. C’est précisément ce décalage qui rend la reconnaissance administrative difficile, et qui explique tant de dossiers contestés. Notre enquête sur un mur qui s’écroule et le refus de l’assurance détaille ce parcours.
La franchise dont personne ne parle : 1 520 euros
Le RGA relève du régime des catastrophes naturelles : il faut donc un arrêté interministériel publié au Journal officiel pour que la garantie joue, et votre commune doit avoir déposé une demande en préfecture. Une fois l’arrêté publié, vous avez 30 jours pour déclarer.
Mais la sanction financière est spécifique, et elle surprend : la franchise légale pour un mouvement de terrain consécutif à la sécheresse ou à une réhydratation du sol est de 1 520 euros, soit quatre fois celle applicable aux autres catastrophes naturelles, fixée à 380 euros. Elle n’est pas négociable et ne peut pas être rachetée : c’est une franchise d’ordre public, un point que notre dossier sur l’assurance habitation détaille garantie par garantie. Sur des fissures superficielles, elle peut absorber une bonne part de l’indemnité.
Vérifier son exposition prend deux minutes
L’État met à disposition un outil gratuit et trop peu connu : Géorisques affiche, pour une adresse ou une parcelle cadastrale, le niveau d’exposition au retrait-gonflement des argiles, ainsi que les autres risques (inondation, séisme, radon). Un arrêté du 9 janvier 2026, pris dans le cadre du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique, a actualisé cette carte d’exposition.
Le service ERRIAL, du même portail, édite gratuitement l’état des risques, document obligatoire à joindre à toute vente comme à toute location. Un acquéreur qui néglige cette vérification achète un risque qu’il découvrira après la signature. Ces deux outils figurent dans notre boîte à outils de référence.
À noter : depuis octobre 2025, l’État expérimente un fonds de prévention dédié au RGA dans onze départements. Il vise les constructions existantes, avec l’idée de financer la prévention plutôt que la réparation. Un signe que le sujet est désormais traité comme structurel, et non comme une succession d’accidents.
Ce qu’un propriétaire peut faire, maintenant
- Dater vos fissures : photo avec un objet de référence, ou témoin plâtre. C’est la preuve d’évolution qui fait la différence en expertise.
- Vérifier votre exposition sur Géorisques avant d’acheter, et pas après.
- Éloigner l’eau des fondations : gouttières, descentes et regards en état, c’est le geste le moins cher et le plus efficace.
- Se signaler en mairie si des voisins constatent les mêmes désordres : sans demande communale groupée, pas d’arrêté.
- Ne pas reboûcher avant le passage de l’expert : une fissure rebouchée est une preuve effacée.
Le diagnostic d’une fissure relève d’un professionnel du bâtiment ou d’un expert : toute fissure n’est pas structurelle. La reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle dépend d’une procédure administrative et n’est jamais acquise. Cet article ne remplace ni un diagnostic ni votre contrat.






